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Finalement, les futurologues ont toujours raison

Posted: 25 avril 2015 à 1:45   /   by   /   comments (0)

Vers la fin des camps retranchés

D’Alvin Toffler à Francis Fukuyama, de John Naisbitt à Jeremy Rifkin, de Ivan Illitch aux Adventistes du 7ème jour, de Cornelius Castoriadis à Alfred Sauvy et Thierry Gaudin,… les gourous de la prédiction, depuis trente ans, se distingueraient les uns des autres par une multitude de facteurs clefs qui feraient de leurs prospectives autant de scénarios imaginables, donc peu crédibles. Une croissance zéro vantée ou honnie, un avenir énergétique obscur ou alternatif, une population mondiale affamée ou correctement nourrie, des inégalités sociales croissantes ou limitées, des conflits localisés ou généralisés, des technologies étouffantes ou libératoires… Qui a raison, qui a tort ?

Une relecture attentive de cette prose abondante, produite depuis plus de trente ans, révèle une étonnante continuité ; celle de deux couples de forces intellectuelles parfaitement distinctives, et s’opposant systématiquement. Réinterprétation binaire, tellement aristotélicienne, qu’elle pourrait sembler simpliste ? Toujours est-il que, ouvrage après ouvrage, prédiction après prophétie, cri d’alarme après analyse statistique, les « Cartes du futur » et autres « Megatrends » surfent sur les mêmes composantes, réparties en deux clans, que tout oppose, mais qui, au fond, se nichent côte-à-côte au cœur de chacun de nos cerveaux reptiliens, dans la mémoire collective de chaque peuple, dans les rêves et les cauchemars de chacune de nos nuits :

  1. L’alliance de l’intelligence humaine et des écosystèmes émergents
  2. La conjonction de la peur millénaire et de la cupidité individuelle

I – Au choix : le paradis ou l’apocalypse

Un jeu d’échec à la chinoise

A la différence du jeu d’échec occidental, la version chinoise oppose non pas deux armées mais deux territoires, séparés par un fossé où est censé passer un cours d’eau. Chacun des territoires étant symbolisé par un « château fort » qu’il va falloir prendre d’assaut… en isolant ses points faibles, puis en les contournant, à la Sun Tzu.

o   D’un côté de l’échiquier, le clan des « gentils » optimistes :

  • Les Classiques, accrochés à l’intelligence de l’être humain, alimenté par la multiplicité et la richesse des sources d’information, de la culture, confiant dans le Big data.
  • Les Novateurs, évolutionnistes, plus centrés sur la naissance et la diffusion d’écosystèmes vivants et adaptatifs, engagés à fond dans de nouvelles dynamiques collectives, de nouveaux partenariats avec leurs parties prenantes.

o   De l’autre côté, le clan des « méchants » pessimistes :

  • Les Historiques, prévisionnistes de la peur croissante, de l’insécurité, de la fragilité intrinsèque des systèmes complexes, des fractures sociales, des ruptures en chaine, des effets dominos.
  • Les Individualistes, fatalistes de la cupidité, ceux qui voient dans l’être humain placé devant la difficulté, renaitre les réflexes de l’animal blessé, égoïste, irrespectueux des valeurs collectives, cherchant à sauver sa peau.

Au milieu coule une rivière

o   Afin d’éviter tout frottement, toute anicroche, toute provocation inutile, un flot sépare momentanément les opposants, comme le fait le souffle médian circulant entre les forces du yin et du yang. D’où vient cette eau ? De deux sources qui animent les multiples courants de cette masse liquide en perpétuel mouvement :

  1. L’action, et son corolaire, l’expérience humaine
  2. Le respect, et son code moral, une forme d’humanisme

o   La littérature prospectiviste apporte aujourd’hui à cette eau une importance singulière. En effet, la logique d’opposition frontale n’est plus de mise entre les apôtres (scientifiques, progressistes, « liberals ») d’une béatitude dont la foi ne constitue plus que l’unique armure, et les « va t’en guerre » (économistes, conservateurs, « preachers ») friands d’un spectacle planétaire autodestructif. Voilà un match de boxe qui ne fait plus recette. Les scénarios du futur révèlent désormais, moins des vecteurs d’origine psychologiques (cf. les deux clans ci-dessus) que la pâte à modeler du passage à l’acte et des systèmes de valeurs (l’eau à orienter, à canaliser, à transformer en énergie).

 

II – Des modèles aux circonstances :

« En politique, il n’y a pas de convictions, il n’y a que des circonstances.« 
Charles-Maurice Talleyrand
« Je ne veux ni ne rejette rien absolument, mais je consulte toujours les circonstances.« Gaston Bachelard
« L’action, ce sont les hommes au milieu des circonstances.« 
Charles de Gaulle
« La majorité des imbéciles reste invincible et satisfaite en toutes circonstances.« 
Albert Einstein

L’action sur le terrain :

Défaite des idéologies utopistes, dogmes bousculés par l’accélération du monde et un pragmatisme généralisé, demandes et recherches inlassables de preuves… les décalages flagrants répétitifs entre les discours et les actes ne passent plus ! Les discours prospectivistes perdent en élan « fumeux » ce qu’ils gagnent en faisabilité et en réalisme.

o   Echapper à un monde algorithmique totalitaire, et privilégier une économie des usages…

  • Qui inclut l’aléa dans ses projets de transformation.
  • Qui intègre les différences culturelles et les distances historiques et géographiques afin d’éviter malentendus et échecs dans la mise en œuvre de ses plans d’action.
  • Qui privilégie les logiques accumulatives de l’expérimentation aux risques du pari stratégique « hors sol ».
  • Qui n’échappe pas à une forme de théâtralisation de la réalité, un second degré dont une forme de légèreté dédramatisée.

Le respect des autres et de soi :

Face à la contextualisation généralisée des circonstances qui s’impose aujourd’hui à toute structure, bouger, se mettre en mouvement, avancer ne se suffisent plus. Impossible pour une organisation, une société, un Etat, une nation de penser son avenir en espace clos, imperméable. La porosité du monde se généralise. D’où le déboulonnage de toutes les statues modélisatrices, entrepreneuriales, politiques ou économiques. A quoi bon copier tel ou tel success story, puisque aucun écosystème ne ressemble à un autre ?

o   Echapper a un monde répétitif, pour privilégier une économie créative…

  • Qui redonne toute sa place à la « beauté » des objets et des services (et ses corollaires : l’intégrité, l’éclat, l’harmonie) : « Design Management ».
  • Qui se tourne délibérément vers l’innovation et ses stratégies partenariales : « Open Innovation ».
  • Qui définit de nouvelles règles de base afin de rendre la vie et les échange en « communauté » plus souples, moins stressants (loyauté, solidarité, gratuité), plus adaptatifs : « RSE, Développement durable ».
  • Qui donne la priorité à la réactivité, rançon de l’instantanéité du monde : « Expérience client ».

 

Nicolas Rousseaux

 

Photo : © Nicolas Rousseaux

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